Episode 3 : The Storm

Publié le par Eloyne


Deuxième jour à Athens

Tout va bien, j'ai tout compris aux bus maintenant. Je prends le 25, je vais à WalMart acheter des trucs pas cher pour mon appartement et ma survie. Au retour, j'arrive à l'arrêt un peu avant l'heure, mais pas le bus. 30 min de retard, à attendre sous le soleil, toujours de plomb. A coté de moi une mère qui a pas l'air d'avoir plus de 35 ans, avec 4 gamins de 8 à 16 ans qui portent les courses du mois. Elle jure, s'impatiente. Elle a un accent du Sud très marqué et parle très vite, par salves successives de 2 ou 3 mots.

**Petite note de bas de page, sur les Etats Unis :  qui prend le bus en Géorgie en dehors des étudiants étrangers et des occasionnels?
Même l'Américain qui gagne à peine de quoi se louer un appartement, il a une voiture. D'occasion, ça se trouve autour de 1000 dollars pour un gros truc qui a du kilomètrage mais qui roule encore, voire moins pour une épave qui passe le contrôle technique de justesse. Pas de voiture, et c'est la  mort sociale. Rien n'est accessible à pied.
Qui prend le bus alors? Sans tomber dans le cliché, 85% des usagers sont noirs, et les 10% restants sont ce qu'on appelle " white trash". Pour les derniers 5% voire les occasionnels (faut suivre). “White trash” c'est les blancs des classes ouvrières qui sont à la limite ou en dessous du seuil de pauvreté, et qui ont un niveau d'éducation très limité. Sous entendu, LA catégorie de blancs qui s'en sort encore moins bien que les noirs et du coup qui a tendance, par dépit, à voter aussi à droite que les noirs votent à gauche. Je précise qu'en 2004, 14.8% des Géorgiens vivaient en dessous du seuil de pauvreté (contre 10% sur l'ensemble du pays) et près de 20% n'avaient pas fini le lycée. Encore un dernier petit chiffre pour la route: près de 30% de la population est noire. **

Le bus arrive enfin, et comme il est en retard, il va pas desservir tous les arrêts. Donc il me laisse à 25 minutes à pied de chez moi, par 40° à l'ombre avec mes 10 kg de courses. L'entraînement continue. Les 4/4 vides défilent à côté de moi sur la route.

L'après midi touche à sa fin, j'ai tout le kit de survie, et même un beau fer à repasser à 6$, seulement voilà, j'ai toujours rien dans le frigo. Le ciel est au bleu fixe, j'ai faim, je fais donc un petit tour à la COOP du centre ville, une petite coopérative bio à une vingtaine de minutes à pied de chez moi.

En sortant, le ciel est tout couvert, avec un gros paquet de nuages bien noirs, et aucun bus en vue. Je me dépêche un peu, et je m'en veux très fort de pas avoir pris de parapluie en partant.
Au bout de 5 minutes, des grosses gouttes, puis un torrent d'eau. J'entends l'orage gronder au loin, puis plus près. Je suis un peu furieuse d'être trempée jusqu'à l'os, moi et mes courses, et je presse le pas. C'est moi où ça gronde vraiment près? Ah oui, tiens, une, deux secondes, et boum. Une seconde – boum. Pas le temps de décomposer la seconde suivante, j'entends un énorme et sinistre “crack”. Et sur le coup, j'ai bien envie de crier “timmmmmbeeeeer” (comme les bucherons américains, ndrl) passque c'est l'arbre juste là de l'autre côté de la route. Au lieu de crier je me mets à courir, et l'arbre s'abat sur la chaussée, là où j'étais juste quelques secondes avant. Sur le coup je suis plutôt rassurée qu'il ait eu la politesse de tomber bien droit en travers de la chaussée et pas dans l'autre sens, sans pour autant arracher les cables électriques vu que j'ai les pieds dans l'eau. Sacré amplitude des branches quand même. C'est que c'est gros un arbre mine de rien vu de par terre. Pas impressionnées, les voitures engagées sur la route font demi tour. Dégagez y a rien à voir.

Là, tout en courant je fais un calcul rapide. Il me reste 10 petites minutes jusqu'à la maison, en voiture, ça va plus vite, mais niveau visibilité c'est pas ça et moi au moins j'entends les arbres. En plus, trempée comme je suis, personne voudra de moi. Je continue donc à courir. Pas d'abri accueillant, et pas moyen d'échapper aux arbres, y en a des deux côtés de la route. Et plutôt imposants en plus, genre Magnolias de 200 ans. Je sais pas s'il faut que j'aie plus peur du vent qui déracine les arbres ou de l'orage qui est à moins d'une seconde, mais je suis en mode Forrest Gump, je cours, et je ne pense qu'à une chose, mon petit appartement douillet. Quelques longues minutes plus tard, me voilà devant ma porte en train de ruisseler et de me battre avec ma serrure d'une main tremblante. L'internet est déjà en rade, l'électricité est coupée une demi heure plus tard, et je mange une pomme dans le noir pendant que mon pc épuise doucement ses batteries.

Le lendemain les rues sont jonchées d'arbres, et je suis réveillée par le bruit des tronçonneuses municipales. L'ascenseur ne marche plus, mais l'électricité est revenue, et les pompiers font leurs aller-retours “habituels”.

Ce matin j'ai revu mon arbre, les racines à l'air, le tronc débité en bois de chauffage, les branches dispersées de l'autre côté de la chaussée. D'ici demain, il n'y aura plus de trace de la tempête, et la suivante pourra prendre le relai.


Publié dans eloyneintheusa

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isi 11/08/2006 19:02

MDR on dirait ma vie sur mon projet :'D
++ courage moi ce soir c'est les vacances :)))

RyoGin 08/08/2006 18:55

Courage Eloyne! Koh Lanta quand tu nous tiens... :p